Terre promise à conquérir

Mis à jour : févr. 17

Certains attendent la terre promise assis sans leur canapé ou sur le banc d'une synagogue.

J'étais partie de bon matin. Je n'étais pas la première à quitter le gîte communal. Dans la brume encore frisquette, je distinguais au loin une polaire et le tic-tic régulier de deux bâtons ferrés tapotant l'asphalte. Alain marchait d'un petit pas mesuré. J'avais envie de courir, le corps tout reposé d'une excellente nuit, l'épaule pas encore réveillée, le sac pas encore pesant (comment fait-il pour s'alourdir dans la journée alors que l'on n'y ajoute rien ?). J'étais conquérante, une belle journée m'attendait, avec autant de rencontre que la veille et deux jolis villages à traverser.


Bientôt la silhouette d'Alain s'effaça et le bruit de ses bâtons s'éteignit. Il avait bifurqué dans un chemin creux, comme indiqué sur les cartes. Je vis bien vite la trace de ses pas, un 44 bien pesant, encadrée par les deux petits points de ses bâtons. Je le rattrapai sans forcer l' allure. Nous papotâmes un instant, lui marchant à quelques pas devant moi, sur ce chemin étroit. Une chapelle, insolite en pleine forêt, nous accueillit. Par le passé, on y venait chercher de l'eau et remercier Saint Jean au solstice d'été car il ne permettait pas que tarisse sa fontaine. Alain s'arrêta quelques minutes pour souffler. Mon appétit de conquête étant encore intact, je partis devant.


Alors je sus ce que c'était que d'ouvrir le chemin. J'étais Christophe Colomb contre les éléments, j'étais Moïse écartant la mer. Avec une branche basse volée à un arbre, je combattais le


s toiles d'araignées qui privatisent le chemin durant la nuit. Je goûtais ce sentiment de liberté que connaissent les pionniers lorsqu'ils mettent le pied sur leur terre promise, inaccueillante et austère, qui ruissellera de lait et de miel grâce à leurs efforts et leur persévérance.

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La chaussure floque-floque et le sac grince. Le bassin tire, le dos crie, l'épaule gauche pleure. Le genou mal huilé couine, la cheville enflée pigne. Rougi et sec, le visage pleurniche et ronchonne.

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