Sans issue

Vous n'avez pas de trou rouge au côté ; vous n'avez pas de sang coulant du creux de l'oreille ou épaississant votre lèvre.

Votre main pend, immobile ; vos yeux clos font de vous un absent.

Pas de clair soleil dans le frais cresson bleu. Rien qu'une épaisse couette grisâtre, glissant sur l'escalier gris où vous vous allongeâtes.


Quels parfums feraient frissonner votre poitrine, dans ce couloir bouché d'une gare en travaux, cette voie sans issue et sans passant ?

Frissonnera-t-il encore, ce cœur qui soutint votre corps jusqu'ici ?

Frissonnera-t-il ou est-il mort ?


Le passant égaré que je suis le ne sait et refuse de se poser la question.

"Il dort, assurément, bien tranquillement", dit ma conscience qui s'enfuit.

"Il ne faut pas le réveiller, ce serait méchant" ajoute-elle, lâche et hypocrite, pour faire taire l'élan de mon cœur qui se réveille en se serrant.

"Et s'il est mort, que faire pour lui ?"


Je passe, je vais, je vaque, retrouve un couloir étouffant sous le poids des vivants. Je vais, je vaque. Mon cœur est resté dans l'impasse. Mon cœur est mort. La peur et la lâcheté ont laissé deux trous à son côté.


Le bon samaritain, Vasili Ivanovich Surikov (huile sur toile, 1874)



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