Réponse à tout

Dernière mise à jour : 27 mai


De nos jours les enfants ont réponse à tout ! Il faut dire que les parents les éduquent bien mal. Si j’avais des enfants, moi, ils ne seraient pas aussi mal éduqués que ceux que je croise chaque jour. Ce sont d’abord mes deux voisins de sept et neuf ans, affreux gosses qui font un tapage fou dans l’escalier en jouant aux super-héros. Impossible de les gronder, ils rétorquent avec aplomb que l’escalier est plus à eux qu’à moi puisque leurs parents sont copropriétaires et pas moi. À leur âge j’obéissais au premier adulte qui montrait son nez, qu’il soit locataire ou bailleur !

Dans le métro ensuite il y a toujours de ces collégiennes qui piaillent au lieu de discuter et qui haussent les épaules quand quelqu’un ose leur demander de faire moins de bruit. Et puis ces garçons penchés sur leur téléphone qui mâchent du chewing-gum en nous offrant la vue de leurs caries.

Passe encore lorsque les parents sont absents : mon frère et moi aussi étions un peu moins sages lorsque nos parents avaient le dos tourné. Mais sous leurs yeux nous étions les fils parfaits, par peur de nous recevoir un sermon en public, voire une dérouillée au retour à la maison.

À présent c’est fréquent les parents qui mâchent leur chewing-gum comme leur progéniture, les ricaneuses au téléphone ou ceux qui devant leur mioches s’insurgent « mon fils joue où il veut, c’est sa liberté ». Alors je me suis mis en tête d’éduquer les parents, envers et contre tout. On dit que je me mêle de ce qui ne me regarde pas mais qu’importe ! Aujourd’hui j’entre en guerre contre les mauvais parents : ceux qui embouchent une tétine à leur gamin pour l’empêcher de parler, et qui l’emmèneront chez l’orthophoniste bientôt ; ceux qui ne demandent pas à leur rejeton de se lever pour laisser la place aux adultes dans les transports ; ceux qui ne coupent pas le son du téléphone quand leur rejeton regarde Tchoupi ou Trotro dans le métro. J’en ai un beau spécimen ce matin dans le bus : le gamin doit avoir cinq ans environ. Il fait son pacha dans la poussette que sa mère daigne pousser. À sa disposition une gourde d’eau et un goûter. Je ne serai pas étonné si elle lui donne le téléphone ou une console dès qu’il le réclamera. Ils prennent une place folle dans le bus, dérangent tout le monde ; elle ne parait pas décidée à le faire descendre ; encore une qui doit craindre une crise de son gamin et qui cède pour avoir la paix, quitte à mettre en péril la paix des autres.

- Madame, vous ne voyez pas que vous dérangez ? Et vous ne croyez pas qu’il a passé l’âge de la poussette ?

Elle lève les yeux vers moi. Le bambin aussi. Aucune crise de sale gosse vexé en perspective, rien qu’un tendre sourire vers sa mère :

- C’est vrai Maman ce que dit le monsieur. Je n’ai plus l’âge d’être en poussette, il est temps de passer au fauteuil roulant maintenant.


De nos jours les enfants ont réponse à tout…


illustration : photographie de Robert Doisneau




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