Parfaite image du Parfait

Dieu,


On m'a dit que vous existiez. J'ai eu la drôle d'idée de le croire.

On m'a dit que vous m'aimiez. Je l'ai cru aussi, bien content d'être aimé.

On m'a dit qu'il ne fallait pas hésiter à vous parler. Je me suis laissé tenter.

Alors j'ai eu envie de vous connaitre car je ne suis pas du genre à parler aux inconnus. Ca c'est corsé. Vous rencontrer, vous comprendre, vous connaître, c'est bien plus compliqué que d'admettre votre existence et votre amour.

On m'a dit que vous étiez le tout puissant, l'Homme Parfait, sans aucune tare. Et pourtant ! Il me semble que vous êtes Le sourd, Le muet, L'inactif ! Vous me faites penser à ma petite cousine, Inès. Vous la connaissez ? Oui, bien sûr, vous la connaissez, Inès.

Vous lui ressemblez : elle est bien vivante mais ne se fait pas remarquer. On pourrait l'oublier dans un coin bien facilement, sans qu'elle ne se manifeste. Pour la voir, il faut le vouloir. Dans son gros fauteuil noir, son petit corps maigre semble inexistant.

Pour la comprendre, il faut la regarder. De sa bouche ne sort aucun son. En scrutant son regard, sans détourner nos yeux de ce visage de vieille femme qui n'a pas dix ans, on touche du bout de l'âme ses joies et ses peines. Patiemment, faisant défiler sous ses yeux le classeur de pictogrammes, on peut comprendre ce qu'elle souhaite nous dire.

Vous lui ressemblez : ayant tant à dire mais étant si mal compris, et par si peu de monde !


Je revois le classeur vert des pictogrammes d'Inès, que j'ai mis tant de temps à savoir utiliser correctement. Son code de communication, à qui est-il le plus utile ? A elle pour s'exprimer ? Ou à nous pour la comprendre ?

Vous aussi, vous parlez en images : des paraboles, des signes du temps, des prophéties. Images incomplètes et imparfaites dont nous avons besoin pour vous comprendre. Vous n'avez pas besoin de cela pour vous exprimer mais nous en avons besoin pour vous comprendre.


Inès est impuissante mais elle crée de l'amour. Pour l'écouter ou la comprendre, il faut impérativement faire des efforts, il faut mettre notre cœur en action. Toute personne qui se tourne vers elle se trouve comme obligée de l'aimer. Inès, soit elle nous fait peur, soit on l'adore.

Vous voulez qu'on vous cherche du regard, qu'on tende l'oreille à des paraboles, qu'on fouille notre propre cœur pour toucher, du bout de notre âme, le vôtre. Vous refusez la tiédeur : qu'on vous fuit ou qu'on vous cherche ; tout sauf l'indifférence !

Vous vous rendez vulnérable pour que nos cœurs brûlent tandis que nos âmes, nos intelligences et nos sens cherchent à vous comprendre.

Il y a tant de personnes en ce monde que je côtoie sans amour. Si j'avais à me pencher sur leur vulnérabilité, il en découlerait de l'amour. Si l'on ne touche pas du doigt votre vulnérabilité, on ne vous aime pas.


Dieu,


Je dis que vous existez même si vous ne vous montrez pas.

Je dis que vous nous aimez même si l'on ne s'en rend pas compte.

Je dis qu'il faut vous parler pour vous aimer et découvrir un jour le mystère de votre amour.


Vous êtes créateur ? Bien sûr ! Créateur d'amour.

Vous êtes tout puissant ? Bien sûr ! Puissance d'amour.


Bienheureux êtes-vous de m'avoir donné Inès à aimer. Bienheureux êtes vous de me dire par Inès qui vous êtes. Elle est une image de votre étonnante perfection.

Chêne du calvaire à Saint Brieuc de Mauron (photo : Olivier Hamery)


"Le Christ Jésus ayant la condition de Dieu ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. "

Ph 2, 5-6 (lecture du mardi 3 novembre 2020)

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