Maux de pieds

Ça parle ampoules, dans le dortoir communal, dernier sujet à la mode. Ça sent les pieds et la pommade, parfum du pèlerin.

Personne ne s'y connait vraiment mais chacun devient expert, par l'expérience.

On s'échange des crèmes et des conseils d'initiés. On jette un œil compatissant sur l'orteil gonflé, l'ongle incarné ou l'ampoule éclatée. On ose un geste d'amitié sur l'épaule pour faire oublier l'abcès qu'il faut percer.

On ne se connait pas ; on se fait confiance : Annie, concentrée, bande une cheville anonyme ; René offre une partie de sa pharmacie sans savoir s'il en aura besoin demain.

Le Christ aussi lavait les pieds.


Ça parle ampoules, dans le dortoir communal.

On se penche sur les maux des pieds.

Mais personne n'est devenu pèlerin pour espérer guérir un pied. Chacun est venu avec un mal d'âme, identifié ou flou, conscient ou caché.

Qui se penchera sur les maux de l'âme, qui pansera les ampoules du cœur, là où ont frottés les sentiments ?


Le lavement des pieds, tableau (église d'Artonges, Aisne)


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