La graine

Dernière mise à jour : mai 23

Petit oiseau pressé, avide, gourmand,

La graine est sous tes yeux, et tu ne la gobes pas.

Mais un autre après toi n’en fera qu’un repas.


Le semeur pourrait soupirer, il n’aura pas d’épi.

Mais il sourit, patient, content,

Charmé d’avoir nourri un petit innocent.


Terre hostile, dure, asséchée,

La graine en toi prend appui,

Et tu n’as pas la force de lui donner vie.


Le soleil vient, impitoyable, violent,

Brûle sur pied l’épi trop pressé,

Chétif et frêle que tu laissas pousser.


Le semeur pourrait s’impatienter, l’épi est perdu

Mais il sait qu’en tombant,

Pour la terre l’épi se fait aliment.


Ronces et épines, repoussantes verdures,

La graine étouffe en vos tiges touffues,

Et se meurt avant d’avoir vécu.


Le semeur pourrait désespérer, fatigué,

Mais le grain pour vos mûres,

Est devenu engrais de culture.


Terre douce, meuble, profonde et accueillante,

D’avoir fait germer le grain tu te vantes.

Sais-tu comme le semeur a peiné pour le fruit que tu portes,

Afin que l’épi se lève et sorte ?

Chez toi aussi, l’oiseau gourmand pourrait passer,

La pierre rocailleuse pourrait affleurer,

Le soleil cuisant pourrait brûler,

La ronce étouffante pourrait grimper.

Toi qui, travaillée par l’inlassable semeur,

Portes du fruit en cette heure,

Demain viendra, rien n’est gagné,

Laisse-toi être remuée, abreuvée,

Et cesse de croire qu’autrui

Ne peut entrer dans la Vie.

illustration de Vincent Van Gogh, 1888

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