L'ampoule

Dernière mise à jour : août 26

À les voir en photo, on les cataloguerait rapidement "famille sage de l'ouest parisien" . À les voir en chemin on les nomme "baroudeurs dans l'âme" . Papa sportif mais en polo immaculé et short bien repassé ; quatre garçons du même moule, cheveux courts et jambes alertes : deux qui portent leur sac vaillamment comme leur père, un de trois ou quatre ans qui gambade sans bagage, un dernier posé sur un âne, et pas peu fier d'y être ; fillette blonde de cinq ou six ans, semblant sortie d'un catalogue, à la tresse un peu stricte mais au sourire plein ; mère de famille portant sur son ventre un minuscule petit dernier que l'on ne voit pas dépasser mais que l'on entend parfois, comme s'il voulait participer au chœur. Car bien sûr, la famille chante. "En chantant on ne pense ni à médire ni à se plaindre" , a expliqué le père. "On ne voit pas le temps passer et l'âme se dilate", a ajouté son épouse.

Les ampoules, les douleurs, les crampes, ils en ont, comme tout un chacun. Mais il n'y a pas de place pour tous sur l'âne alors les enfants sont priés de mettre leurs petits bobos dans la poche et de les y oublier jusqu'à l'étape ou du moins la pause.

La voici justement la pause où le petit dernier qui s'éveille pourra être allaité tandis que les autres feront respirer leurs pieds et avaleront quelques figues récoltées plus tôt dans la journée.

Le petit dernier, tout le monde l'aime voire l'adule. Le plus jeune des blondinets tente de lui faire goûter une figue et l'embrasse maladroitement. Visiblement, tout le monde se souvient bien de son arrivée, il y a un mois ou deux seulement.

Deux des garçons croquent dans une figue, un troisième propose des fruits à l'âne qui n'en semble pas friand, la fillette s'assied sur un caillou pour enlever, dans un soupir de soulagement, ses chaussures poussiéreuses. Et, découvrant sa chaussette mouillée par l'explosion d'une ampoule, elle s'exclame :

"Maman, mon pied a perdu les eaux !"

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